Libye: les migrants pris dans le «système infernal des passeurs»

 (Photographie d'illustration)

La Libye est devenue, en quelques années, la plaque tournante de la fuite de dizaines de milliers de réfugiés et demandeurs d'asile cherchant, à tout prix, à gagner l'Europe. Ces derniers jours ont vu ce sujet surgir à la une de l'actualité après la visite surprise, dimanche 21 mai, du chef du Haut-Commissariat de l'ONU aux réfugiés à Tripoli. Par ailleurs, 5 000 , en détresse en mer, ont été secourus jeudi et vendredi, portant près de 50 000 le nombre de personnes secourues depuis le début de l’année.

Lors de sa visite, le patron du HCR a tenu des propos très fermes sur la manière dont sont traités les migrants en Libye. Des propos qui, curieusement, n'étonnent plus grand monde, malgré leur violence. Filippo Grandi a parlé de situation « épouvantable » dans les centres de détention libyens ; des conditions sanitaires « choquantes », « exécrables » et de « gens qui dorment les uns sur les autres ». Il a par ailleurs souligné que ses équipes recueillaient des témoignages « très très difficiles » sur la réduction en esclavage de centaines de fugitifs par des « gangs criminels ».

Ces phrases ne sont pas anodines quand elles sont prononcées par le chef d'une des plus puissantes agences de l'ONU. Et pourtant, non seulement Filippo Grandi ne révèle rien de nouveau, mais on peut dire de surcroît qu’il prend le risque de prêcher dans le désert puisque rien, ni dans les politiques européennes, ni dans les politiques nationales des pays européens concernés - l'Italie, mais aussi la France et l'Allemagne -, ni dans le chaos libyen, n'est susceptible de changer à court terme pour ceux qui cherchent à fuir l'Afrique et trouver la paix en Europe.

Un cauchemar pour les migrants

Ces déclarations étaient, sans doute, avant tout, une manière d'attirer l'attention sur l’immobilisme qui rend la situation encore plus insupportable à ses yeux car la Libye s’est transformée en cauchemar , en quelques années, pour les migrants. Il s’agit du résultat mécanique d'un système qui s'est peu à peu enkysté entre les pays d'origine et les pays de destination, en passant par les pays de transit.

D’une part, que ce soit en Somalie, en Erythrée, au Soudan ou au Nigeria ou même en Syrie, les motifs de fuite, loin de la violence et de la misère, ne manquent pas. Les « petites gens » qui subissent les ravages de l'Histoire sont donc des dizaines de milliers et leur flot ne tarit pas. Ils fuient où ils peuvent et comme ils peuvent, c'est-à-dire le plus souvent le long des routes que des organisations mafieuses ouvrent pour eux.

Voie de sortie

Aujourd'hui qu'Israël a clôturé sa frontière, il se trouve que la voie de sortie privilégiée hors d'Afrique est la Libye. De ses plages, on a une chance d’arriver vivant dans les eaux internationales, voire jusqu’au territoire européen mais il s’agit d’un archipel de bandes armées, une sorte de far-west où beaucoup de choses s'achètent comme une place sur une embarcation ou encore sa propre liberté. La Libye est donc un cauchemar, certes, mais aussi l'unique option porteuse d'un peu d'espoir pour ceux qui cherchent à quitter l'Afrique à tout prix et au plus vite.

Cette situation est le décor d’un « système infernal » dont on ne parvient pas à sortir et qui s’autoalimente. A force de voir se fermer toutes les portes d'entrée légales ou « faciles » (c'est-à-dire qu'en les empruntant, on ne risque pas de mourir), les fugitifs se massent devant la dernière porte de sortie qui leur reste, à savoir la Méditerranée. Par effet d'entonnoir, ils sont donc plus nombreux qu'il y a dix ans où il existait d'autres voies de passage, par Israël ou le Maroc. Sur la route, les mafias qui les prennent en charge deviennent donc de plus en plus riches et, par conséquent, plus puissantes.

Un cercle vicieux

Depuis l'autre côté de la mer, sous la pression de leurs opinions publiques, les Européens durcissent donc de plus en plus les conditions d'accès à leur territoire en soutenant les forces dominantes en Libye, lesquelles s'appuient précisément sur les groupes armés qui tirent profit de ce marché aux misérables. Désormais, le pari est donc plus risqué pour les migrants qui s’élancent en mer. S’ils parviennent à quitter les eaux territoriales libyennes, ils ont une chance d’être récupérés et conduits en Europe. S’ils n’y parviennent pas, ils sont rattrapés par les garde-côtes libyens et devront repayer leurs geôliers pour retenter leur chance.

Parallèlement, l'Europe cherche à soutenir les pays d'origine pour que les gens ne partent plus mais, la plupart du temps, ce soutien renforce les régimes locaux qui sont souvent la cause du départ, ce qui mécaniquement pousse encore plus de gens à prendre la route de l'exil. Ainsi se clôt un cercle vicieux dans lequel les migrants, les pays d’Afrique et l’Union européenne se retrouvent coincés. 

La rédaction Doc Jean-No® - Par Léonard Vincent | www.rfi.fr/afrique ... (Photographie d'illustration : Le bateau des garde-côtes libyens chargé de migrants arrive au port de Tripoli, le 10 mai 2017. © REUTERS/Ismail Zitouny)

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✎ Blogueur pro | « Éditorialiste » Concepteur - Rédacteur web J.N.W. Le Guillou (Direction) | direction.jeannoel.leguillou@docjeanno.fr | Membre 20 Minutes.fr

1 commentaires :

  1. COULEZ LES BATEAUX SUR PLACE NOUS AVONS DES CONNANDOS POUR CELA



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