Crise migratoire en France: en France : tension extrême, «État flou...!»

 (Photographie d'illustration)

Face à une situation parisienne intenable, les associations, reçues lundi à l'Elysée, réclament une consultation nationale de grande ampleur afin de sortir d'une gestion d'urgence insuffisante.


Alors que porte de la Chapelle, à Paris, la situation ne cesse de se dégrader aux abords du centre de premier accueil – épidémie de gale, monceaux de déchets accumulés sur les trottoirs, incidents entre migrants et forces de l'ordre –, le collectif de riverains Solidarité Migrants Wilson appelle à un rassemblement sur place, samedi 1er juillet à 17h.  « Nous, citoyen(ne)s qui nous relayons pour nourrir à nos frais des milliers de migrants totalement démunis, dont de très nombreux mineurs, interpellons le président de la République et l'ensemble des pouvoirs publics pour la mise en place d'un plan d'urgence pour cet été », écrivent-ils.

Selon France Terre d'asile, qui effectue des maraudes, 1 200 personnes campent aujourd'hui dans ces conditions indignes devant le centre engorgé. Avec le début de l'été, les arrivées s'accélèrent : France Terre d'asile évoque 200 personnes par semaine ; Médecins du monde 80 par jour. Depuis des semaines, la maire de Paris Anne Hidalgo réclame l'ouverture d'autres centres semblables, répartis sur tout le territoire. L'association Emmaüs Solidarité, gestionnaire du centre de premier accueil, s'alarmait le 23 juin de « baisses successives et très inquiétantes du nombre d'orientations vers des places en centres d'accueil et d'orientation et centres d'hébergement d'urgence. » Elle réclame la « reconstitution d'un parc de places dédiées à la hauteur des besoins » et demande, elle aussi, une « approche nationale » avec la « déclinaison de centres de premier accueil dans plusieurs métropoles régionales ».

Impossible renvoi

Le préfet de Paris et préfet de la Région Île-de-France, Michel Cadot, lui, a expliqué lors d'une rencontre avec la presse le 29 juin, qu'il attendait les grandes orientations exprimées par le gouvernement. Tout en rappelant que « la situation humanitaire et sociale appelle une recherche de solutions dans une approche équilibrée des facteurs qui expliquent l'accroissement de la population aux abords du camp. » En clair : les migrants « dublinés » – qui ont enregistré leurs empreintes dans le premier pays d'Europe où ils sont entrés, souvent l'Italie ou l'Allemagne – doivent y être renvoyés. La situation italienne (douze mille personnes ont débarqué en trois jours, au début de la semaine, et les autorités ont alerté l'Europe sur une situation « à la limite de l'ingérable » selon le président de la République Sergio Mattarella) rend difficilement imaginables ces réadmissions – d'autant que les exilés eux-mêmes ne la souhaitent pas. Avant la mi-juillet, une opération d'évacuation devrait avoir lieu porte de la Chapelle.

  Selon France Terre d'asile, qui effectue des maraudes, 1 200 personnes campent aujourd'hui dans des conditions indignes devant le centre engorgé. © Albert Facelly / Divergence
Selon France Terre d'asile, qui effectue des maraudes, 1 200 personnes campent aujourd'hui dans des conditions indignes devant le centre engorgé. © Albert Facelly / Divergence

Mais cette gestion dans l'urgence ne peut suffire. C'est ce qu'ont martelé les représentants d'une dizaine d'associations (Gisti, Emmaüs, CFDT Terre solidaire, Amnesty International France ...), reçus lundi 26 juin à l’Elysée, par deux conseillères du pôle diplomatique, en charge des droits humains et de la question des réfugiés. Suite à leur tribune publiée mi-juin (et signée par plus de 430 structures, nationales ou locales), ces associations entendaient porter leur revendication principale : la convocation d’une consultation nationale sur l'immigration, des « assises » impliquant tous les acteurs concernés (migrants eux-mêmes, associations locales et nationales, bénévoles, structures publiques etc.)

Au lendemain de la rencontre, Frédéric Amiel, responsable du plaidoyer chez Emmaüs France, déplorait « une sorte de malentendu, malgré une discussion très cordiale : les conseillères attendaient de nous des propositions techniques, tandis que nous espérions un signal politique fort sur le positionnement global du gouvernement sur la question de l’accueil. » Le double discours du gouvernement appelle une clarification : tandis qu’Emmanuel Macron déclarait, le 23 juin au Conseil européen : « Nous devons accueillir des réfugiés, car c’est notre tradition et notre honneur », son ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, multiplie au contraire les déclarations et décisions sécuritaires, notamment à Calais où il s’est rendu le même 23 juin. « Sans un mot pour la protection des migrants et dans une posture essentiellement répressive », souligne Jean-François Dubost, responsable du programme protection des populations à Amnesty International France. « Nous demandons au Président d’être clair : s’aligne-t-il ou non sur la position de son ministre ? »

Les associations ont donc adressé un nouveau courrier, directement au président Macron et au Premier ministre, dans lequel ils réitèrent solennellement leur demande d’une consultation nationale et interministérielle (Intérieur, Logement, Action sociale et solidaire, Santé, Justice). « Les conseillères nous ont dit que ce serait une première, rapporte Jean-François Dubost. Justement, c’est le moment ! Nous demandons aussi que le « plan asile » promis par Gérard Collomb soit suspendu jusqu’au lancement de ces assises, afin de ne pas, une nouvelle fois, intervenir dans l’urgence et la pure répression. »

 Paris, porte de la Chapelle le 23 juin 2017. Des blocs de bétons ont été disposés pour empêcher les migrants de s'installer. © Albert Facelly / Divergence
Paris, porte de la Chapelle le 23 juin 2017. Des blocs de bétons ont été disposés pour empêcher les migrants de s'installer. © Albert Facelly / Divergence

Le même jour, le tribunal administratif de Lille, saisi en référé par onze associations, décidait de ne pas ordonner la création d’un centre d’accueil à Calais – une telle décision ne pouvant relever de l’urgence, domaine d’intervention du juge des référés – mais exigeait la mise en place, sous dix jours, de mesures évitant d’exposer les migrants à des « risques de traitements inhumains et dégradants » : création de toilettes, accès élargi à des douches et obligation de laisser les associations distribuer des repas. Pour Frédéric Amiel, c’est l’illustration de la nécessité d’une autre approche : « Cela montre bien les limites des outils juridiques : le juge des référés ne peut statuer que sur des mesures imminentes, et nous avons absolument besoin de voir plus loin. »

Les responsables asociatifs ne mentionnent pas de délai dans leur courrier pour la convocation des « assises », mais font savoir qu’ils sont prêts à se mettre au travail très rapidement. Et qu’au-delà d’un lancement médiatique, la consultation devra se dérouler sur la durée, pour un travail en profondeur. « La balle est dans le camp du Président », résume Jean-François Dubost.

 

 

La rédaction Doc Jean-No® - Par : Juliette Bénabent | telerama.fr/monde/ (Photographie d'illustration : )

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