(Vidéo). Crise des migrants: Qourquoi «L'Aquarius» est le dernier navire humanitaire en Méditerranée

Photographie d'illustration

Appuyée par les autorités italiennes, la marine libyenne a annoncé la création d'une zone de recherche et sauvetage en Méditerranée dont les ONG seront refoulées.


Médecins sans frontières (MSF) samedi. Sea Eye dimanche.Les défections se succèdent et il n’y a désormais lundi plus qu’un seul navire de secours aux humanitaire en Méditerranée, L’Aquarius. Ce bateau de 68 mètres affrété par l’ONG SOS Méditerranée et d’une capacité moyenne d’accueil de 500 personnes se trouve toujours au large de Tripoli et refuse de se plier aux injonctions de la marine libyenne.

➤➤ A lire aussi : Crise des migrants: L'Italie saisit le bateau d'une ONG accusée de favoriser l'immigration illégale

 

Celle-ci a en effet annoncé jeudi la création au large du territoire d’une zone de recherche et de sauvetage (SAR), qu’elle interdit aux navires étrangers, en particulier aux organisations non-gouvernementales privées. L’Italie se félicite de la moindre présence de ces bateaux, accusés par leurs détracteurs d'être devenus des «taxis» pour . Francis Vallat, ancien armateur et président de SOS Méditerrannée, reste sceptique devant ces mesures, qu’il qualifie lundi de simples «gesticulations».

 

Migrants : l'Aquarius s'inquiète surtout d'être désoeuvré

Pour pouvoir visionner correctement la vidéo ci-dessus, assurez-vous de disposer d’une version à jour de votre navigateur internet - Store ✠ - (www.dailymotion.com/embed/video/k1klND1lR2IxwEocHR3) - Doc Jean-No®

Selon le chef de la diplomatie italienne Angelino Alfano, cette zone de sauvetage libyenne contribue au «rééquilibrage» des forces en Méditerranée. Mais concrètement, qu'est-ce que cela va changer pour vos opérations?

Francis Vallat. La situation est extrêmement confuse. Dans l’immédiat, ça ne change rien. Surtout qu’au niveau pratique, on ne sait rien des moyens légaux et légitimes que peut mobiliser la Libye. Il leur faudrait des moyens énormes sauf qu'à l'heure actuelle, ils sont complètement inorganisés. Avec les Libyens, on s’attend à tout. Comme le disent les militaires, je pense que pour l'instant, il y a beaucoup de gesticulations. A partir de là, notre premier devoir, c’est la sécurité. A priori, rien ne nous empêchera de sauver les gens qui coulent. Si ce n’est la mise cause de la sécurité de notre navire ou des conditions qui seraient exigées de nous et qui ne correspondraient pas à notre démarche purement humanitaire.

Comprenez-vous la décision des autres ONG de suspendre leurs activités de sauvetage sur la mer Méditerranée ?

Chaque ONG est libre, mais c'est évident que le climat est devenu de plus en plus menaçant. Vendredi, nous avons accepté de signer le «code de bonne conduite» rédigé par l'Italie sous certaines conditions (transbordement autorisé, pas de policiers armés, et 24 heures réservées à l'assistance médicale pour le réfugié). Cette démarche est un peu bizarre mais ça fait plaisir aux extrémistes de droite et aux populistes à qui l'on dit «Vous voyez bien comment les ONG font mal leur travail ?». Nous, ce qu’il y a de sûr, c’est que, pour le moment, nous comptons rester dans les eaux internationales.

Quel risque encourent les avec ces défections ?

La vie de ces populations est menacée, tant en mer qu'en Libye. Restreindre l'accès aux ONG de sauvetage va entraîner une fois de plus des morts et des souffrances supplémentaires. Si le but des garde-côtes n’est pas de contrôler que tout se passe normalement en mer mais de ramener ces gens désespérés dans l’enfer absolu dont ils viennent de sortir, c'est inacceptable. Une ligne rouge serait franchie. On connaît la situation dramatique en Libye (racket, exploitation proche de l'esclavage<, enlèvement, extorsion, torture… NDLR). On sera d’une vigilance extrême. Sur la question de ces garde-côtes notamment. Certains ont des uniformes mais on ne sait pas qui ils sont vraiment. Certains dépendent du gouvernement libyen reconnu internationalement, tandis que d’autres relèvent de chefs féodaux plus ou moins provinciaux. On ne sait pas si ces gens respectent le droit. En tout cas, ils ont une attitude qui permet d'en douter.
 

Selon plusieurs associations, dont Human Rights Watch, des garde-côtes enfreignent le droit et font usage d’armes en feu dans les eaux internationales...

L’Union européenne a accordé des crédits pour former les garde-côtes, on attend le résultat. C'est d'autant plus difficile qu'on ne sait pas combien ils sont. C’est illisible pour nous et je prétends que personne ne le sait sur place. Les gardes-côtes, c’est une vieille et grosse partie du problème.

Jusqu’où pourront intervenir ces garde-côtes ?

On n'en sait strictement rien pour le moment. Mais attention, ce n’est pas parce qu’un gouvernement décide de quelque chose unilatéralement qu’il peut faire n’importe quoi. A l'heure actuelle, les Libyens peuvent faire à peu près ce qu’ils veulent dans leur eaux territoriales en matière de police jusqu'à 12 000 nautiques. Ils disposent encore d’une zone dite «adjacente» de 12 000 nautiques supplémentaires où ils ont une marge de manoeuvre au niveau régalien. Mais ensuite, il y a une zone économique jusqu'à 200 000 nautiques qui ne leur donne légalement aucun pouvoir. Les autorités libyennes devront respecter le droit international.

 

Cyril Simon —    leparisien.fr

La rédaction Doc Jean-No® - Par : Cyril Simon | leparisien.fr/international/ (Photographie d'illustration : SOS Méditerrannée dispose sur L'Aquarius d'une assistance médicale assurée par Médecins Sans Frontières (MSF).AFP PHOTO / Angelos Tzortzinis )

  Source  ► 

Print Friendly    Imprimer, sauvegarder en PDF, envoyer à un ami ...

Sur : Doc Jean-No

✎ Blogueur pro | « Éditorialiste » Concepteur - Rédacteur web J.N.W. Le Guillou (Direction) | direction.jeannoel.leguillou@docjeanno.fr | Membre 20 Minutes.fr

0 commentaires :

Enregistrer un commentaire

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans les commentaires sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à Doc Jean-No®.