Crise des migrants : «L'Europe a créé une machine infernale»

Photographie d'illustration

INTERVIEW ! L'association d'aide aux , Utopia 56, a décidé mercredi de quitter le centre humanitaire pour migrants à Paris. «L'État assume complètement de vouloir débouter et trier les gens» déplore son cofondateur et vice-président, Yann Manzi.


Ouvert il y a un an, le centre humanitaire pour à Paris avait plusieurs objectifs: les accueillir, garantir leurs besoins vitaux, et les orienter vers des dispositifs de prise en charge à long terme, le temps que leur demande d'asile soit étudiée.

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Mais le lieu, situé dans le 18e arrondissement de la capitale, a été rapidement saturé. Conséquence, de nombreux campements sauvages se sont formés aux alentours. Le 17 août dernier, 2400 personnes ont été évacuées par les autorités. Ce mercredi, l'association d'aide aux migrants Utopia 56 a annoncé qu'elle se retirait de ce centre humanitaire. Son cofondateur et vice-président, Yann Manzi, nous explique les raisons de ce départ.

LE FIGARO.- Pourquoi avoir décidé de quitter le centre humanitaire de Paris?

Yann MANZI.- Depuis l'annonce du «plan migrants» par le gouvernement cet été, on assiste à une accélération des procédures Dublin vers la Grèce, l'Italie (les étrangers sont censés être renvoyés dans le pays européen où ils ont fait leur première demande d'asile, NDLR). L'État assume complètement de vouloir débouter et trier les gens, et ne veut pas que les citoyens s'organisent pour améliorer l'accueil des migrants. Quant à l'Europe, elle a créé une machine infernale, un mur administratif. Et ça, on le refuse.

Comment se matérialise cette «machine infernale»?

Il y a une pression énorme de l'État sur les «dublinés». On a piégé plein de gens avec un dispositif qui a dérivé vers un centre de tri. Les hébergés porte de la Chapelle doivent passer par le centre d'examen de situation administrative (Cesa), créé spécifiquement pour accélérer la procédure Dublin. On prend leurs empreintes, et ensuite, ils sont censés pouvoir déposer une demande d'asile. Or nous avons plusieurs cas de migrants qui sont passés par le Cesa et qui n'ont pas pu effectuer cette demande. Nous avons alerté la mairie de Paris pour dénoncer cette situation. Cela ne se produisait pas sous le gouvernement Hollande. Mais depuis l'arrivée de au pouvoir, le rodage est terminé. Les chiffres de 2017 concernant les procédures Dublin vont connaître une remontée spectaculaire.

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Depuis son élection, a annoncé son intention de réguler les flux migratoires. Pour le coup, il joue franc jeu...

C'est sûr, il n'y a plus de complexe! Mais on nous vend toujours une vitrine, comme quoi les centres permettent de mettre «tout le monde à l'abri», alors qu'en réalité, on renvoie ces populations en Grèce, en Italie. Mais aussi dans des pays beaucoup moins riches comme le Liban, la Jordanie, le Pakistan. Les droits de l'homme ne sont plus respectés, les humanitaires sont stigmatisés. Il y a tout une campagne de médiatisation afin de faire en sorte que les migrants continuent à mourir dans leur pays. Les migrants représentent 0,17% de la population européenne. C'est ça notre quota? On ne veut pas accueillir toute la misère du monde, mais on doit pouvoir prendre notre part.

Quitter le centre humanitaire ne va-t-il pas vous fermer des portes, et vous empêcher d'aider les ?

Je ne suis pas inquiet car le travail avec le centre humanitaire ne constituait que 10% de nos actions. Les 90% qui restent, c'est dans la rue. Nous allons continuer à collaborer avec différents collectifs et associations. Et si les portes se ferment, on en ouvrira d'autres. Les bénévoles sont notre principale arme. Les Parisiens ont ouvert leurs portes pour accueillir femmes, enfants, bébé. Il y a eu une vraie générosité citoyenne et tout ça va se poursuivre. Dans un sens, notre boulot va être aussi plus libre, même si les confrontations seront plus dures avec la police. On sera là, comme à Calais, avec des caméras pour vérifier que tout le monde respecte la loi. Demain, tout sera plus compliqué pour nous mais ça ne changera pas notre motivation et notre envie d'aider la population.

La rédaction Doc Jean-No® - Par : Etienne Jacob | www.lefigaro.fr (Photographie d'illustration : Archives )

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✎ Blogueur pro | « Éditorialiste » Concepteur - Rédacteur web J.N.W. Le Guillou (Direction) | direction.jeannoel.leguillou@docjeanno.fr | Membre 20 Minutes.fr

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