Crise des migrants: Traiter les troubles psychiques de cette population, un défi de taille !

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IMMIGRATION ! Une étude parue ce mardi se penche sur les troubles psychiques des migrants, dont le suivi se heurte à nombre de freins...



  • Une étude de Santé publique France paraît ce mardi sur les conditions sanitaires des en France, notamment sur les troubles psychiques de cette population vulnérable.
  • La prise en charge de ces problèmes psychiques se heurte à nombre de freins, au premier rang desquels le manque de moyens consacrés à cette question.
  • Pourtant, le besoin de suivi psychologique s’avère primordial, car ces troubles psychiques peuvent entraîner des problèmes de mémoire, de la dépression, des idées suicidaires parmi les membres de cette population.

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« C’est un enjeu de santé publique », assure Arnaud Veïsse, directeur du Comité pour la santé des exilés (Comede) et auteur de l’étude qui paraît ce mardi sur les troubles psychiques des migrants. L’occasion de se pencher sur une question peu évoquée quand on parle des , et de constater à quel point les aider s’avère compliqué.

Le problème principal des migrants

Selon une étude* réalisée par le Comité pour la santé des exilés (Comede), qui paraît ce mardi au Bulletin épidémiologique hebdomadaire, « la prévalence globale des troubles psychiques graves s’élève à 16,6 % dans cette population. Ces troubles sont constitués pour les deux tiers de syndromes psychotraumatiques (60 %) et de traumas complexes (8 %). » Plus d’un quart des patients (27 %) ont présenté des idées suicidaires et 7 % des patients se sont trouvés au moins une fois en situation d’urgence psychiatrique.

« Contrairement aux idées reçues, ce n’est ni la totalité ni la majorité des migrants qui relèvent d’une prise en charge spécialisée en santé mentale, nuance Arnaud Veïsse. Mais, en réalité, 16 % c’est beaucoup. On parle beaucoup du sida, de la tuberculose concernant les migrants. Si on compare les chiffres, le principal problème de santé de cette population, ce sont les syndromes psychologiques graves. »

Un cercle vicieux

Or, ces troubles handicapent leur intégration. En effet, les traumatismes peuvent diminuer « leurs capacités à mettre en récit leur parcours d’exil devant l’Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d’asile », souligne l’étude. Une étape pourtant décisive pour demander un statut de réfugié. Mettre en mots un passé émaillé de tortures ou violences sexuelles se heurte au déni, un mécanisme de défense courant. « Le temps administratif n’est pas le temps psychique », résume Sibel Agrali, directrice du centre de soin du centre Primo Levi, qui aide les victimes de torture.

Autre conséquence de ces traumatismes non traités : des problèmes de mémoire. Qui rendent plus difficile l’apprentissage du français. « Plus vite on arrive à faire en sorte que les personnes racontent, plus vite ils auront de la place dans leur tête pour apprendre de nouveaux codes, liens, langue, assure Sibel Agrali. Et plus on prend en amont les difficultés psychologiques, moins ils s’enkystent. D’autant que les effets des traumatismes sont transmissibles : le couple, les enfants sont impactés. Il y a des familles qui ne sortent pas des violences intrafamiliales, de la dépression, de l’alcoolisme. »

Extrême précarité

Mais ce travail psychologique se heurte à nombre de freins. Au premier rang desquels l’extrême précarité des . Selon l’étude du Comede, 98 % des migrants interrogés n’avaient pas de logement personnel, 81 % étaient dépourvus de protection maladie, 23 % ne pouvaient pas manger à leur faim. « Difficile d’aller voir un psy quand on ne sait pas où on va dormir. Ils en ont envie, mais c’est le énième de leurs soucis, ils sont en mode survie », résume Sibel Agrali.

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« C’est souvent une fois que les problèmes matériels sont réglés que la dépression arrive ou que les autres troubles psychiques ressurgissent », souligne Hanae El Bakkali, psychothérapeute au sein de Thot, une école diplômante de français pour migrants.

Des troubles psychiques lourds

Selon l’étude, « 62 % de ces personnes ont déclaré des antécédents de violence, 14 % des antécédents de torture et 13 % des violences liées au genre et à l’orientation sexuelle ». Des traumatismes de taille pour les victimes et un défi pour les thérapeutes. « Je suis en formation perpétuelle sur le psychotraumatisme, avoue Hanae El Bakkali. Quand un exilé se livre, il revit son traumatisme. Pour eux, en parler, c’est trop, mais se taire, c’est trop aussi. On doit les aider à trouver comment assimiler leur histoire pour pouvoir commencer une nouvelle vie. » Cette nouvelle étude sera-t-elle le tremplin pour une reconnaissance de ce problème ? « On n’imagine pas l’étendue des dégâts psychiques, reprend la psychothérapeute. J’ai rencontré un jeune migrant qui avait obtenu le statut de réfugié, parlait français, faisait des études. Il a fait une tentative de suicide. »

Manque de moyens

Comment souvent, les moyens ne sont pas au rendez-vous, dénoncent les associations. « La France manque de lieux adaptés pour les suivre, regrette Sibel Agrali. L’urgence psychologique se fait entendre de toutes parts. Nous sommes très sollicités pour des formations, car tous les lieux d’accueil sont confrontés à l’impossibilité d’orienter ces réfugiés pour les troubles psychologiques. »

La barrière de la langue

Quand les réfugiés ne parlent pas français, cela crée une barrière supplémentaire. Ni les centres médico-psychologiques, ni certaines associations n’ont les moyens de proposer l’aide d’un interprète. « Il m’est arrivé d’avoir d’autres m qui traduisaient, raconte Hanae. Mais j’ai vite arrêté. Lorsque le patient vous raconte son passé, cela peut réactiver des traumatismes chez l’interprète. » Et le secret médical n’est pas garanti. Or, « on a affaire à des personnes abusées par le pouvoir, très inquiètes de savoir où leur parole va atterrir », souligne Sibel Agrali. Autre souci : « Beaucoup de psychothérapeutes sont réfractaires à introduire un tiers, l’interprète, dans la relation intime avec le thérapeute », complète-t-elle.

Des réticences

Si beaucoup aimeraient obtenir un suivi, certains n’arrivent pas forcément à entrer dans cette démarche. « On reçoit des personnes qui arrivent vingt ou vingt-cinq ans après les événements, des Cambodgiens par exemple qui ont mis un couvercle sur leur vécu, qui sont tellement reconnaissants d’être en vie qu’ils ne s’autorisaient pas à consulter », dévoile Sibel du centre Primo Levi.

« Ce n’est pas simple pour eux de venir me parler, reconnaît Hanae El Bakkali. Quand je me présente, ils me remercient, mais ils ne voient pas l’intérêt de venir parler à une inconnue. »

*Les taux de prévalence des troubles psychiques graves ont été calculés parmi les 16 095 personnes ayant effectué un bilan de santé au Comede entre 2007 et 2016.

La rédaction Doc Jean-No® - Par : Oihana Gabriel | 20minutes.fr/sante/ (Photographie d'illustration : Rencontre entre les professeurs et les élèves, à l'occasion de la pré-rentrée de Thot, le 11 juin 2017 — Thot )

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